SOPHROLOGIE ET PRAXIS
Jean-Michel JAMET
Analyste – Sophrologue – Musicothérapeute
SOPHROLOGIE ET CONNAISSANCE N° 4 – Avril 1994- Edition Morisset
Cet article est dédié au docteur Pierre Solié qui nous a quitté en septembre 1993. Il fut pour moi un psychanalyste didacticien d’exception mais, également, il apporta à la Société française de psychologie analytique une nouvelle approche des structures psychiques, mythiques et analytiques. Il développa le concept de « Grande-mère » et des « Fils Amants » en regard aux « Fils Oedipiens » de l’analyse freudienne. Ces concepts sont détaillés dans ses nombreux ouvrages. Je n’ajouterai qu’un mot : merci…
Le concept de praxis est peu utilisé, mais il est le plus juste pour englober le savoir et le faire. La conjonction met en lumière l’opposition mais permet la dialectique.
La Sophrologie comme Science, Philosophie et Art.
La Sophrologie, science de la conscience humaine et de ses modifications, se veut également philosophie et art. Le néophyte se demandera en quoi elle se constitue en une philosophie et un art. Le terme philosophie vient du grec « philosophos » qui signifie « ami de la sagesse ». L’art quant à lui s’oppose au savoir théorique puisqu’il s’acquiert par la pratique. Descartes ne définit-il pas la philosophie comme étant l’étude de la sagesse ? Pour lui, le mot sagesse est la connaissance de toutes choses que l’homme peut savoir pour bien conduire sa vie, comme par exemple conserver sa santé et créer des arts. Cette connaissance, pour être assurée, doit découler des premiers principes et des premières causes. Tout comme chez Aristote, Descartes pense que les hommes et les animaux sont capables d’avoir des sensations. La sensation est le point de départ de la connaissance mais seule la réflexion nous fait atteindre les principes et les causes.
Aristote dénombre plusieurs causes : la cause matérielle (la matière dont l’objet est constitué), la cause formelle (la forme que l’objet représente), la cause efficiente (la cause au sens du créateur), la cause finale (le but tel le désir de la gloire ou du gain visé par le créateur). Ne trouvera-t-on pas ces mêmes causes en sophrologie ? Lorsque je deviens mon propre Objet, je sais que je suis constitué de cellules (la matière). Lorsque j’agis l’acte de sophronisation, je me représente (cause formelle) et je suis le créateur qui va donner ses (la cause du sens) afin d’atteindre le but (le gain qui sera la sagesse). En cela, je deviens créateur d’une œuvre d’art. L’art au sens sophrologique, est l’art de se vivre lais il n’en reste pas moins vrai que l’œuvre constituée par la pratique sophronique n’a sa vérité que dans la conscience du sujet qui la contemple. La dualité est toujours et nécessairement présente entre le caractère fini de l’œuvre d’art et ce qu’elle exprime : l’infini.
La réalité extérieure de l’œuvre s’intériorise, car elle suggère des images et des représentations qui s’associent par l’intermédiaire de l’imagination. Egalement, l’art dans son imitation avec la Nature va prendre des formes qui manifestent de plus en plus l’Esprit, jusqu’à sa forme humaine et en cela, l’appropriation de la philosophie le rend libre. Parce que le Sujet aura expérimenté la Nature extérieure et sa Nature intérieure, il en connaîtra alors ses lois. Cette liberté n’est nullement abstraite ni désincarnée puisqu’elle s’appuie sur la nature et ses lois. Le Sujet peut ainsi décider de sa vie en connaissance de cause.
Mais cette œuvre ne sera jamais achevée, car penser un jour l’achever serait achever le Sujet, c’est-à-dire le tuer. Définir une fin ou ayant atteint ses fins, l’œuvre serait alors à jamais immobilisée, figée dans la pose. Par contre admettre que l’œuvre n’est jamais achevée entraînera le Sujet à admettre qu’il est un être en devenir.
Qu’en est-il du Sophrologue ? Comment va-t-il aider le sophronisé à créer sa philosophie et son œuvre d’art ? N’est-ce pas chez Aristote qu’il faut comprendre cette mise en œuvre ? « L’homme engendre l’homme » nous enseigne-t-il. Le plus important théorème aristotélicien est que l’acte est antérieur à la puissance des idées. Dans le temps, l’être en acte ne provient d’un être en puissance que sous l’effet d’un autre être déjà en acte. Ainsi, le sophrologue en puissance ne devient sophrologue en acte que s’il est instruit par un sophrologue en acte. En ce sens « l’homme engendre l’homme ». Enfin, l’être en puissance, qui est la semence, tient son essence d’un homme adulte et en acte.
Le sophrologue comme acteur social.
Pour démontrer que le sophrologue agit une véritable praxis, on se doit de démontrer qu’il s’inscrit avant tout comme acteur social. Par contre, clamer haut et fort son art, sa philosophie, sa science sans avoir expérimenté sur lui-même les techniques sophroniques risque de lui faire gonfler son Moi. La conséquence serait de se vivre tout puissant, reflet de sa propre inflation psychique. Au contraire, il doit considérer autant la science sophrologique dans ses aspects théoriques et techniques, que lui-même comme objet d’étude.
Tel un démiurge, le sophrologue possède une large palette de techniques sophroniques. En pleine conscience, il devra les utiliser dans son Savoir et son Faire afin que le sophronisé accède à son autonomie, signifiant de sa réalisation. Mais, pour le professionnel qui ne prend pas une distance réflexive nécessaire, le risque est d’utiliser les outils techniques dans un amalgame où le sophronisé risque de se perdre. Posséder une technicité est-il suffisant pour être sophrologue ? Faire une sophrologie essentiellement technique en négligeant de relier la théorie à sa pratique menace le sophrologue de l’éclatement de sa conscience où son monde intérieur restera clos. Là se porte l’interrogation : comment allier théorie et pratique, accession à une véritable praxis ? Comment le sophrologue se situe dans sa relation avec le sophronisé ?
Dans ce lieu de consultation que représente un temps et un espace « hors du temps », deux êtres se rencontrent. L’un est le sophrologue, l’autre le sophronisé. L’un a la technique et un certain savoir, l’autre explique la demande envers le Sujet de Savoir. Bien sûr, pour le sophrologue, son enseignement lui rappelle que se « noue » et « se joue » le transfert. Mais cette relation ne doit-elle pas se limiter qu’à cet espace et ce temps ? de plus, chacun des protagonistes risque de tomber dans le piège illusoire que la relation thérapeutique se limite qu’à deux : sophrologue-sophronisé. En fait, la sociologie nous enseigne que cette relation thérapeutique est conditionnée par la structure sociale et se trouve être elle-même une sorte de système social. En effet, au travers de la maladie, existent des représentations sociales. La maladie est le signe de l’anormalité en rapport à une « norme » fixée par la société à laquelle appartient l’individu. Ainsi, divers conceptions existent sur la normalité. Durkeimnous rappelle que la société se manifeste à nous le plus souvent par des commandements qu’elle édicte et les sanctions qu’elle met en œuvre. Mais il fait ressortir que l’existence d’actions socialement prescrites et sanctionnées entraîne obligatoirement l’existence d’actions socialement interdites. Il va jusqu’à admettre que le crime dans une société est normal puisqu’il est utile à cette dernière, préparant ainsi les changements nécessaires. Pour l’ethnologue Ruth Benedict, une détermination clinique de la normalité est une capacité des individus à fonctionner de façon adéquate dans leur société en fonction d’une moyenne statistique. Ainsi, chaque civilisation fixe elle-même ses normes. Par contre, Georges Devereux fait remarquer que l’adaptation sociale n’est pas forcément un signe de bonne santé mentale. Le conformisme peut prendre des formes pathologiques. Si les individus peuvent être malade, la société quant à elle est toujours nécessairement normale. La maladie, qu’elle soit physique ou psychique, est intriquée dans le système social. C’est ainsi qu’il démontre par exemple que le chaman, même s’il est adapté et a une fonction sociale, est un être névrosé.
Qu’en est-il dans notre société ? Lorsqu’un patient fait la demande d’une cure sophronique, il va de soi que son trouble a dépassé un certain seuil comme n’étant plus en accord avec la norme de la société. De même, il est possible d’étudier en sociologie les rôles sociaux de la famille, des amis, des groupes d’appartenance, etc. pour connaître si le patient vient de lui-même ou sous la pression de son entourage. Son comportement révélera son modèle culturel, ses valeurs et son appartenance de classe lorsqu’il xposera au sophrologue la perception de son « mal ». Quant au sophrologue, il appartient à un groupe professionnel bien défini. Son comportement sera lié à son éducation, sa culture mais aussi aux formations qu’il a suivies et qui lui donnent une certaine image de la société et du malade. Tout comme le chaman, dans notre société, le sophrologue jouit d’un statut particulier. Pour l’ensemble des individus, ils se le représentent comme ayant un savoir, la puissance et le dévouement. En effet, la position sociale ne dépend pas uniquement de ses revenus mais aussi du pouvoir qui lui est reconnu. En fait, la relation sophrologue-sophronisé est aussi une relation sociale.
Cette relation sociale implique des systèmes de comportements attendus par les individus. Dans le rôle du professionnel de santé, Parsons distingue cinq éléments : compétence technique, universalisme, spécificité fonctionnelle, neutralité affective, orientation vers la collectivité. Egalement, dans la relation sophrologue-sophronisé, intervient un autre élément : le groupe ; dans l’étude de la médecine et de la magie, la confiance du malade envers son thérapeute est dans les techniques qu’il détient, la croyance du sorcier sur l’efficacité de ses techniques, la confiance et les exigences de l’opinion collective. Le groupe de façon explicite ou implicite intervient dans le discours de la maladie, car c’est une expérience quasi collective.
La praxis.
Qu’est-ce que la praxis ? Le mot praxis, dans son étymologie signifie « action ». C’est Aristote qui pose les premiers jalons en distinguant la « théôria » (vision des idées), de la vie pratique ou praxis, qui est l’action du citoyen qui participe aux affaires de sa communauté mais également, pour lui, existe une vie poïétique, vie de travail et de fabrication des objets. A l’ère moderne, Kant, dans un autre domaine, se préoccupe de nous éclairer sur la raison tant théorique que pratique ainsi que de déterminer les conditions d’utilisation de cette raison. Un siècle plus tard, la praxis fut conceptualisée par le Marx et le mouvement marxiste qui pensent que dans toutes les actions pratiques se pose le problème de la vérité. En effet, pour eux, les hommes ne reçoivent cette vérité de leurs connaissances qu’à partir de leurs pratiques sociales. En ce sens, la pratique sophronique n’est pas simplement une technique mais, parce que le sophrologue est un acteur social, elle s’inscrit dans des pratiques sociales. Ce savoir n’est pas une question de théorie mais une question pratique. Nous remarquons que dans cette conception s’opposent théorie et pratique.
Quelle est la nature des relations entre théorie et pratique ? Pour les marxistes, c’est une dialectique de l’action et de la théorie qu’advient la praxis, en opposition envers une pratique qui ne serait que mécanique. En effet, toute théorie est une œuvre humaine et par conséquent une forme d’action qui modifie un donné même s’il s’agit de l’homme lui-même. De ce fait, la pratique influe sur la théorie et vice versa, la théorie influe sur la pratique.
Mais on se doit de mettre fin à l’idée que le marxisme réduit l’appropriation de l’homme de la nature et de sa propre nature à la production économique. En effet, la production implique une multiplicité d’actes et d’activités de la part de l’homme et en cela il crée des œuvres. L’art, la connaissance, les institutions représentent ces œuvres qui sont productions et produits. La praxis ne peut pas se considérer comme fermée. Pour Henri Lefebvre,elle est ouverte sur plusieurs dimensions : la nature, le passé, le possible humain. Ainsi, la praxis (réalité et concept) va saisir la complexité croissante de ses œuvres.
Pour Catoriadis : « Nous appelons praxis ca faire dans lequel l’autre ou les autres sont visés comme êtres autonomes et considérés comme l’agent essentiel du développement de leur propre autonomie ». Cette définition intéresse particulièrement le sophrologue, car dans l’alliance sophronique, l’objectif visé est le développement de l’autonomie comme fin et il utilise l’autonomie à cette fin comme moyen. En sophrologie, la praxis ne se résume pas comme fin et comme moyen, car en fait, la fin et les moyens relèvent de la technique sophrologique. La fin est le but et les moyens sont les outils calculés pour parvenir à cette fin et sont de ce fait dans une relation de cause à effet. Si l’utilisation des techniques sophroniques sont les outils nécessaires, la fin devra être comprise comme commencement, car dans la praxis, l’autonomie ne se ramène ni à un état, ni à des caractéristiques quelconques.
Le développement de l’autonomie et l’exercice de celle-ci sont deux moments d’un développement. Parce que la praxis se déroule dans un contexte concret qui la commande et qu’elle doit tenir compte des réseaux complexes de relations causales (autant sociales, techniques que thérapeutiques), elle ne peut jamais réduire le choix de sa façon d’opérer (désir de qui, du sophrologue ou du sophronisé ?) car, par définition, elle perdrait de vue l’élément principal : l’autonomie.
D’autre part, la praxis n’est pas l’application d’un savoir préalable mais elle émane d’une activité consciente bien qu’elle s’appuie sur un savoir qui n’est que fragmentaire et provisoire. Le savoir est fragmentaire dans le sens où le sophrologue ne possédera jamais un savoir total, et provisoire, dans la mesure où la praxis fait resurgir constamment un nouveau savoir.
Ainsi, la pratique sophronique influe sur la théorie et la théorie sur la pratique. C’est dans cette influence réciproque que se fonde la praxis afin de transformé le donné. Cette transformation, pour le sophrologue, ne s’inscrit pas uniquement chez le sophronisé mais également en lui. Dans cette expérience qu’il fait, elle le fait aussi. On dira alors « la sophrologie fait son sophrologue ». Dans ce rapport, le Sujet et l’Objet ne seront pas définis une fois pour toute puisque dans l’action et dans le savoir, les modifications se perpétueront autant dans l’être que dans le monde de par la praxis agissant par le sophrologue.
A partir de la praxis sophrologique, nous rejoignons la pensée de Caycedo (la maladie est accident existentielle) et celle de Sartre : « Quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire qu’il est responsable de sa propre individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes »
L’activité consciente.
Comment atteindre une véritable praxis sophrologique ? Comment le sophrologue va-t-i parvenir à une activité consciente ? La pratique sophronique implique l’acteur à construire une œuvre qui, dans son avenir, se métamorphosera en Art et en philosophie. Mais comme l’affirme Edgar Morin, la praxis ne saurait exister sans compétences. Pour lui, la compétence est l’aptitude organisationnelle à conditionner ou déterminer une certaine diversité d’actions, de transformations et de productions. La praxis s’exerce donc à partir d’une compétence. L’activité consciente devient réellement consciente dans la pratique lorsqu’elle passe par le chemin de la négation de l’altérité de tout ce qui n’est pas elle. Mais, si la conscience peut se reconnaître par la négation de l’altérité, l’inquiétude du désir ne s’achève pas pour autant, car, pour Hegel, il renaît après chaque assouvissement comme si la véritable signification de ce désir était d’être un appel à la « reconnaissance ». En cela, cette reconnaissance s’incarne par le Maître et l’esclave. L’esclave dans cette reconnaissance unilatérale (puisque le Maître ne reconnaît pas l’esclave), transforme la Nature, façonne et modèle le donné. L’esclave est « l’homme de la praxis ». En effet, l’esclave prépare et accorde les objets naturels à la jouissance du Maître. Ce dernier demeure oisif et sa liberté demeure stérile, négative et personnelle. Les relations avec l’esclave sont médiatisées par l’esclave et les relations avec l’esclave sont médiatisées par la nature. Dès lors on peut concevoir un renversement possible – et nécessaire – de cette situation équivoque.
Dans la mesure où le Maître présente un caractère hors de la réalité par son oisiveté, l’esclave apparaît comme le maître de son maître. De plus, la contradiction est de taille. Comment l’esclave pourrait-il se complaire dans une non-reconnaissance et s’en satisfaire ? Dès lors, l’esclave se libèrera en travaillant et en prenant conscience que sa pensée et son activité volontaire se cristallisent dans son produit, dans sa « matière œuvrée ». Cette matière œuvrée fait comme la synthèse de la conscience et de l’être, de l’en-soi et du pour-soi. Parce que la conscience est perméable à la pensée et qu’elle produit une matière œuvrée, le désir humain se retrouve dans les choses. La liberté de l’esclave figure la seule forme de libération effective et concrète. Cette liberté est le mouvement par qui s’élaborent une culture, une science, une technique et un art. Aussi, le sophrologue, tout comme l’esclave, doit penser la nature dans la texture des lois universelles c’est-à-dire élaborer une science. Dans la rationalité du monde, il ne suffit pas de le contempler mais plutôt ce sur quoi je puis agir qui fondera la reconnaissance réciproque du maître et de l’esclave.
Ce sur quoi je puis agir est d’abord et avant tout sur soi-même. Le sophrologue accompagné par un sophrologue adulte et en acte (l’homme engendre l’homme), expérimentera au travers des techniques recouvrantes combien le maître peut jouir en tout impunité aux dépens de l’esclave qui œuvre pour son devenir. L’expérience le conduira dans cette dialectique entre le Maître, l’esclave et la choséité. L’illusion se manifestera à croire que la conscience de soi se distingue seulement soi-même, pour elle-même en oubliant qu’un être Autre est présent.
La conscience sans mouvement n’est que la tautologie du Moi = Moi (Hegel), ce Moi tout puissant comme le Moi Je, barricadé et protégé par ses systèmes de défense.
Or la conscience de soi est ce retour en soi-même à partir de l’être Autre. Elle est mouvement et entre dans la dialectique jusqu’à la reconnaissance mutuelle. L’être Autre sera pour Jacques Lacan le grand Autre, c’est-à-dire l’inconscient. Le sophrologue , dans sa cure sophro-analytique, s’apercevra que la conscience voit dans sa représentation autre chose qu’elle-même, alors qu’il n’y a dans cet Autre que ce qu’elle y a mis. En fait, la conscience se dissimule à soi dans cet Autre.
Cette opposition entre la conscience et cet Autre où chaque terme passe de l’un à l’autre, se perd dans ces jeux de reflets. Aussi dans le travail de perlaboration, il mettra à jour que la conscience qui est à la recherche d’elle-même a cru se trouver dans le miroir des créatures et s’est perdue dans ce qu’elle n’est pas. Pour Jacques Lacan, la refente masque le Sujet à lui-même dans les énoncés qu’il déploie sur lui-même et sur le monde. Dans la mesure où « la seule fonction homogène de la conscience est dans la capture imaginaire du moi par son reflet spéculaire et dans la fonction de méconnaissance qui lui en reste attachée », le Sujet dans le discours fait l’épreuve de son manque à être, car autant lui que son désir ne sont que représentés. Parce que le Sujet est en quête de vérité et dont le langage refuse à lui fournir, il se projette dans l’image des autres auquel il va s’identifier. En ce sens, il s’aliène à l’image du Maître ou d’une doctrine : « J’ai le caractère de ma mère ou de mon père », « Je suis freudien, lacanien, jungien », etc. Et c’est bien parce que le sujet sophrologue, en tant qu’être humain, est prisonnier de cette aliénation qu’il se doit d’explorer le champ de son inconscient. En effet, le risque est qu’il impose à l’autre (le sophronisé) dans son mode de relation une forme imaginaire de lui-même (projection).
Certes, la cure sophronique découvrante l’entraînera dans des régressions, des frustrations, des renoncements et où le sophro-analyste se refusera de se prendre à son propre jeu mais il retrouvera l’origine de son moi qui n’avait jamais été que son œuvre dans l’imaginaire. C’est à ce prix qu’il agira une véritable praxis.