[ Poster Montréal '02 ]
 
Les “sciences du risque” au secours de la prévention de la délinquance des mineurs

Professeur Georges Yves Kervern

Docteur Catherine Guitton

A) Le Projet Ismène

1. Origine et cadre du projet :

A Le projet Ismène est une expérience innovante qui a débuté sur la ville de Boulogne en octobre 2000 à partir du Centre Espace Famille que j'ai créé en 1986 et que je dirige. Il s'agit d'un centre géré par le service public de psychiatrie, spécialisé en thérapie familiale. A la suite de nos diverses expériences de terrain -en milieu pénitentiaire, en toxicomanie, en situations de détresse sociale et protection de l'enfance- nous avons pu proposer aux services municipaux de notre secteur, un projet de prévention contre la délinquance des mineurs.
Il consiste à mettre en place au sein du commissariat de police une cellule d'écoute psychologique au service de la Brigade des Mineurs. Les psychologues présentes sur place proposent et effectuent des entretiens familiaux avec les parents et les mineurs auteurs d'actes délictueux soit à la suite des gardes à vue, soit suite aux auditions effectuées dans le cadre de fugues ou d'absentéisme scolaire aggravé.

B Ce projet, imaginé en 1998 et mis en place en 2000 par moi-même, s'inscrit dans le cadre des actions de partenariat du Contrat Local de Sécurité de la ville de Boulogne. Il rassemble conjointement les partenaires suivants :

  • le service public de la psychiatrie de secteur dépendant de l'hôpital Paul Guiraud Villejuif,
  • les services municipaux de Boulogne financés par la Mairie,
  • le commissariat de police,
  • le tribunal pour enfants de Nanterre,
  • l'association Espace Famille 92,
  • les services de protection de l'enfance départementaux.
Il est assuré sur le terrain par Mmes Christel Fadeur-Benkebil et Anne Parachout, conjointement avec la Brigade des Mineurs et sous ma supervision.

C Pourquoi “ISMENE”
Ismène est la soeur d'Antigone. Antigone décide de braver la loi du Régent et d'aller, par esprit de solidarité, fraternité et humanité, enterrer son frère malgré l'interdit. Ce frère, traître à la ville, venait de mourir sous les coups de son propre frère. Ismène essaie de raisonner et de retenir Antigone quand celle-ci lui fait part de son projet. Antigone risque sa vie et la perd. Ismène, la quatrième enfant de la fratrie, reste seule en ayant perdu toute sa famille. Elle représente ici l'impuissance et la détresse des observateurs d'une situation à risque.

2. Les objectifs du projet :

L'objectif de ce projet innovant est de s'attaquer au problème de la délinquance “en mettant en place un processus de prévention et de soin au coeur de l'action de répression” (N. Bocher, responsable du contrat local de sécurité pour la ville de Boulogne Billancourt).

Toute interpellation d'un mineur par les services de police est vécue comme un moment de catastrophe par la famille. En effet, les parents comme les mineurs sont, de ce fait, confrontés à la réalité et à l'application de la loi : ils redécouvrent le fonctionnement de la société qui condamne et réprime les délits ils se retrouvent eux-mêmes en tort et disqualifiés publiquement ...Il y a donc un “avant” et un “après” cet événement catastrophique qui détruit, de façon irréversible, leurs certitudes et leur conception du monde.
Ce climat de crise familiale est perçu par nous, professionnels du soin, comme un moment privilégié au cours duquel les parents, déstabilisés et demandeurs d'aide, peuvent être plus facilement mobilisables pour réfléchir à leurs fonctionnements familiaux et leurs responsabilités.

En proposant un entretien familial aux parents qui viennent récupérer leur enfant à la suite d'une garde à vue ou d'une audition avec la brigade des mineurs, nous intervenons dans l'immédiateté et dans la temporalité particulière de la catastrophe, réutilisant toutes les émotions et les énergies disponibles dans l'instant : l'urgence et l'ambiance dramatique favorisent la prise de décision de rencontrer un professionnel de soin psychologique, le fait que la proposition soit faite par la même brigade des mineurs, qui vient de les interroger, réconforte les parents qui se sentent ainsi soutenus quand même. C'est là aussi un point clé : les adultes gardent entre eux un certain respect et cette offre de soutien aux parents redéfinit une relation de solidarité sociale et de non-jugement moral.
Ainsi donc, notre objectif est d'associer la répression et la prévention dans le théâtre du drame lui-même qui voit émerger la demande de reconstruction - personnelle, fonctionnelle, collective et globale- d'une situation familiale à risques devenue post-catastrophique. Cette approche systémique a été rendue possible grâce à la mise en réseau de nouveaux partenaires de terrain qui ont bien voulu réfléchir ensemble à de nouvelles applications de leurs compétences et à la création d'une nouvelle déontologie.

L'intervention des psychologues de la cellule d'écoute vise alors à :

  • réconforter les familles souvent très déstabilisées par ce qui leur arrive,
  • restaurer le dialogue parents-enfants,
  • aider chacun à mettre du sens sur les passages à l'acte.
  • responsabiliser les parents et les restaurer dans leur fonction d'autorité.
Tout passage à l'acte, toute transgression par un mineur doivent être resitués par rapport à leur sens et donc compris comme un signal d'alarme lancé par le jeune aux adultes, selon nos hypothèses, en reflet des dysfonctionnements familiaux.
Le but limité de notre intervention est de faire en sorte que, par la construction d'une passerelle d'urgence avec le milieu social et la facilitation d'une reprise du dialogue intra-familial, cet appel soit entendu par les parents afin que ceux-ci puissent mûrir l'idée d'une démarche vers des systèmes de soins permettant de reconstruire un meilleur lien familial et de plus solides affiliations.

3. Mode de fonctionnement de la cellule d'écoute psychologique :

Concrètement, deux psychologues se partagent les permanences effectuées au sein du commissariat. Elles sont toutes deux formées à la thérapie familiale. Elles dépendent du centre espace famille et sont sous mon autorité Les permanences se tiennent tous les jours sur base de vacations de 4 heures dans les locaux du commissariat où un bureau est mis à leur disposition.

Elles travaillent en coordination constante avec la Brigade des mineurs : elle est à même de juger les familles qui seront les plus mobilisables ; et d'autre part, elle est la garante du cadre légal des procédures et nous orientent donc les familles au moment où ils l'estiment opportun.

Au fil de cette collaboration, s'est défini le canevas d'intervention suivant :

  • les interventions directes sur les familles : Au niveau des mineurs auteurs, il nous est apparu important de cibler le public sur lequel intervenir. Nous travaillons donc essentiellement avec des mineurs primo-délinquants ou des jeunes majeurs, principalement issus de Boulogne ou du département. A quoi s'ajoutent les mineurs fugueurs ou les situations d'absentéisme scolaire.
    Parallèlement à cela, la Brigade nous sollicite régulièrement par rapport à des situations de mineurs victimes. C'est pourquoi, à leur demande, nous avons élargi le cadre de nos interventions aux jeunes victimes de racket, d'agressions diverses ou de violences de nature diverse (sexuelle, scolaire, familiale, ...) afin de leur offrir une écoute réconfortante, un soutien et une orientation vers des lieux de prise en charge adaptés. Nous sommes également amenées à intervenir dans des situations de crise familiale pour laquelle la Brigade des Mineurs est saisie car l'équilibre ou le bien-être de l'enfant ou de l'adolescent peut être menacé ou fait l'objet d'inquiétude ( conflits de couples, problèmes de garde dans le cas de divorces, ...).
    L'élargissement de ce cadre n'est pas sans lien avec notre objectif de départ qui est la prévention de la délinquance. En effet, il est important de savoir que des mineurs victimisés ou enjeux de conflits parentaux peuvent basculer dans la délinquance si leur mal-être et leur souffrance ne sont pas entendus et si une aide ne leur est pas proposée.
    Quelle que soit la situation qui se présente à la Brigade des Mineurs, si celle-ci estime notre intervention nécessaire et obtient l'accord de la famille, soit elle nous met directement en contact avec la famille intéressée, soit elle leur transmet notre plaquette de présentation afin de leur permettre de prendre contact avec nos services quand elle le juge opportun.

  • les interventions indirectes : Nous travaillons aussi de manière indirecte sur les familles par un travail d'échange et d'élaboration avec la Brigade des Mineurs soit sur des situations concrètes, soit en répondant à leurs demandes ponctuelles de conseils, d'adresses, d'orientation ...
Au sein de notre cellule psychologique, nous proposons un entretien d'écoute, de réconfort et de mise en sens des actes commis ou subis. Par ailleurs, nous proposons aussi aux familles qui l'acceptent un travail d'orientation vers des lieux de soins extérieurs.

4. Première évaluation chiffrée : d'octobre 2000 à janvier 2002 :

Depuis le lancement du projet en octobre 2000, nous comptabilisons un nombre de 176 interventions. Il nous paraît intéressant de rendre compte du chiffre sur 3 périodes différentes. En effet, d'octobre 2000 à mars 2001, nous ne disposions pas encore des accords officiels nous permettant de fonctionner avec les mineurs auteurs, ce qui a réduit notre champ d'intervention. A partir de mars 2001, nous avons pu prendre en charge les familles de mineurs auteurs ce qui a considérablement augmenté la fréquentation de notre permanence. Par la suite, entre fin septembre 2001 et début décembre 2001, notre permanence a été temporairement suspendue faute d'effectif disponible. Cet aléa a quelque peu freiné notre action, mais le projet a repris cours dès décembre et a bénéficié d'une hausse d'activités comme le montre les tableaux ci-dessous.

Les tableaux ci-dessus permettent, en effet, de mettre en évidence une augmentation constante des interventions de notre permanence depuis sa création. La possibilité d'agir auprès des auteurs d'actes délictueux, intervenue en mars 2001, a permis de multiplier par deux notre activité. Par ailleurs, l'interruption temporaire du projet n'a nui en rien à la croissance constante que connaît le projet Ismène depuis ses débuts, puisque notre moyenne mensuelle d'interventions ne cesse d'augmenter et ce, grâce à la collaboration fructueuse qui s'est nouée entre nos services et la Brigade des Mineurs.

Ces 176 interventions réalisées par notre cellule d'écoute psychologique se repartissent en interventions directes et indirectes.

  • Les interventions indirectes renvoient aux situations de discussion de dossiers avec la Brigade des Mineurs, d'orientation de familles sans que nous ayons eu accès directement à ces personnes soit parce que le cadre l'imposait (procédures en cours, mineurs ne correspondant pas aux critères prédéfinis, jeunes majeurs), soit parce que les familles s'opposaient à un contact direct. Nous comptabilisons 98 interventions indirectes.

  • Les interventions directes renvoient, quant à elles, aux situations où nous sommes rentrées en contact avec les familles soit lors de consultations soit lors d'échanges téléphoniques. Nous comptabilisons 78 interventions directes.

Ces 176 interventions concernent 96 familles différentes. Parmi ces 96 familles :

  • 12 situations concernent des majeurs.
  • 84 situations concernent des mineurs.
Sur les 84 mineurs concernés, nous avons été confrontés à une majorité de garçons. Nous sommes intervenues de façon directe ou indirecte auprès de :
  • 31 familles d'adolescentes
  • 53 familles d'adolescents

Comme il a été mentionné plus haut, notre cellule d'écoute psychologique a été initialement mise en place à destination des familles de mineurs auteurs d'infractions. Rapidement, au regard de la réalité de terrain et suite à la demande de la Brigade des Mineurs, il nous est apparu nécessaire d'étendre notre champ d'interventions aux situations suivantes :

  • aux mineurs victimes (racket, violences scolaires, violences sexuelles, violences familiales),
  • aux mineurs fugueurs
  • aux situations d'absentéisme scolaire
  • aux situations de crise familiale pour lesquelles est saisie la Brigade des Mineurs (violences familiales, conflits lors de séparation, non-respect des droits de garde lors des séparations),
  • aux demandes éventuelles d'autres unités du Commissariat de Police

Sur les 96 situations familiales, 12 concernent des majeurs et 84 des mineurs

Concernant les majeurs, les données se répartissent de la sorte :

  • violence conjugale : 2 familles,
  • conflits familiaux : 3 familles,
  • mal-être d'un adulte : 3 familles,
  • adulte victime d'un mineur : 2 familles,
  • adulte confronté à un décès suspect ou un suicide : 2 familles.

Au sujet des mineurs, la répartition des interventions se fait comme suit :

  • mineurs auteurs d'actes délictueux : 33 familles,
  • mineurs victimes : 38 familles,
  • mineurs fugueurs : 6 familles,
  • absentéisme scolaire : 3 familles,
  • mineurs signalés comme en danger dans le cadre de séparation de couple : 2 familles,
  • autres : 2 familles

Cette dernière analyse statistique permet de mettre en exergue les points suivants :

  • Nous sommes majoritairement intervenues pour des mineurs de sexe masculin (53 garçons versus 31 filles).
  • Les mineurs auteurs d'actes délinquants étaient tous de sexe masculin. A l'heure actuelle, la Brigade des Mineurs ne nous a jamais fait part de problèmes de délinquance concernant des filles.
  • La majorité des mineures pour lesquelles nous sommes intervenues étaient victimes d'agressions diverses ou alors étaient des mineures ayant fugué.

A l'heure actuelle, nous ne disposons pas encore d'assez de recul pour analyser qualitativement ces données. Nous ne savons pas si la délinquance féminine est absente de la ville de Boulogne, si elle est tellement peu fréquente que nos 14 mois d'activités ne nous ont pas encore permis d 'y être confrontées ou si les adolescentes délinquantes étaient multirécidivistes ce qui donc échappe au cadre de notre intervention.

En dernière analyse, les statistiques de février à fin avril tournent autour de interventions qui se distinguent rapidement de cette façon :

  • Les familles acceptent beaucoup plus souvent la proposition d'aide offerte par l'intermédiaire de la Brigade des mineurs.
  • Elles viennent plus longtemps et régulièrement consulter les 2 Psychologues au Commissariat.
  • Beaucoup de situations “atypiques” (sans mise en garde à vue des mineurs) sont dénouées et ceci, de façon in extremis avant une réelle catastrophe familiale.

5 Conclusions :

Sur le plan pratique

Notre action, une fois clairement établie en mars 2001, a progressivement trouvé sa vitesse de croisière grâce à l'implication bienveillante de tous les partenaires et en particulier, de la Brigade des Mineurs.
Notre action connaît aujourd'hui une ampleur que nous n'avions pas envisagée à nos débuts. Cette réussite peut s'analyser au regard des éléments suivants :

  • La Brigade des Mineurs a su nous faire une place et nous percevoir comme des personnes ressources face aux situations qu'elle se doit de gérer au quotidien. Nos relations se sont progressivement construite sur la confiance et la complémentarité d'action.
  • Les familles sont favorables à un contact avec nos services, et ce, même par téléphone. Ceci nous laisse une plus grande liberté d'organisation et nous permet de construire même à distance des stratégies d'intervention durables.
  • Les jeunes ne sont pas opposés à un premier contact avec nous et acceptent même de revenir nous consulter.
  • Les retours des autres partenaires de terrain qui reçoivent ces familles après nous commencent à se mettre en place de façon positive.
  • Enfin, il semble exister une demande réelle des familles de mineurs victimes ainsi que des familles en crise lors de séparation ou de divorce à bénéficier d'une écoute, d'un conseil stratégique et d'une information sur les structures ultérieures de prise en charge. Cette demande a été prise en compte et contribue, à la fois, à la fréquentation croissante de nos permanences ainsi qu'à la perception par les fonctionnaires de police de notre activité comme une véritable ressource complémentaire à leur action.

Sur le plan théorique

La réussite de ce projet réside d'abord dans la rigueur conceptuelle qui a présidé à sa mise en chantier.
La certitude de sa cohérence et de sa justesse ont permis de trouver l'audace et les arguments pour convaincre les différents corps de métier qui ont bien voulu, en toute honnêteté professionnelle au début, élaborer avec nous ce rêve.

Nous allons donc maintenant mettre en évidence les concepts principaux de cette architecture : ils sont issus des analyses des chercheurs des Sciences du Risque, et notamment des travaux de G.Y.Kervern à qui je laisse la parole.

 

B) Rappel de quelques CONCEPTS cindyniques utiles au traitement de la violence sociale

1. Situation Cindynique. (sc.)

Ce concept est défini comme un ensemble triple conjuguant :

  • un ensemble de Réseaux : ER
  • un ensemble de Regards(ou Hyperespaces Cindyniques) :EHC
  • un ensemble de limites dans l'espace et dans le temps :EHET

L'application à Ismène est la suivante :on part d'une première situation SC1 dans laquelle ER est constitué par le réseau ER1des membres de la famille, étendu sur les générations en vie ; ER1 c'est le système familial.
Deux (parfois 4) thérapeutes sont ajoutés à ce réseau ER1 pour obtenir ER2 et créer une situation Thérapeutique SC2.
Le réseau de la société civile peut-être associé à la situation thérapeutique SC2 Le choix de l'amplitude de ces situations constitue la mise en oeuvre du concept de Découpe de la Théorie Formelle de la Description. On intégrera (Inclusion)ou pas(Exclusion) dans SCN des acteurs de la liste suivante constituant le contexte sociétal de la situation ER2 :
Police, Justice, Avocats, Notables Municipaux, Etablissements Scolaires, associations dont sont membres les Acteurs listés dans ER2,tout acteur intéressant du fait de son lien avec un des acteurs de ER2.

2 ViolAnce d'une situation cindynique.

La violAnce( écrit avec un A) est une fonction potentielle de la situation.

La description de chaque réseau se fait avec un “regard”. On peut le modéliser sous la forme suivante, dite “Hyper Esapce du danger” selon les travaux de G.Y. Kervern.

Le regard cindynique est composé de cinq aspects :

  • aspects des faits
  • aspects des représentations et modèles
  • aspects des objectifs poursuivis
  • aspects des règles et normes
  • aspects des valeurs
Le regard discerne des déficits dans chacune de ces catégories.
Ces déficits peuvent être des Manques (Absence totale ou partielle) ou des Excès qui compromettent les rapports entre les 5 aspects ci-dessus.

Le regard discerne des dissonances entre les réseaux d'acteurs dans chacune des cinq catégories.
Ce sont ces dissonances entre ER1 et ER2 qui constituent un des leviers de la Thérapie Systémique.
Leurs révélations puis résorption constituent la clé de l'intervention des Thérapeutes (FIGURE ISMENE)
La violAnce de la situation est en fonction des déficits et des dissonances.

3 Crise et Paliers

Si la violence franchit certains seuils, on assiste à des explosions. On passe de INCIVILITES à des actes de gravité croissante. Le système familial se trouve en CRISE. La crise désorganise les liens sociaux et familiaux. La crise désorganise les réseaux entre les acteurs. Ismene constitue un outil de Gestion de Crise associant à ER2 a des réseaux de la société civile.constituant des situations cindyniques Elargies. Dans son développement la crise s'aggrave par paliers de gravité croissante. La Violance, c'est à dire le potentiel cindynique des situations s'accroît, atteint un CLIMAX. Puis sous l'action d'interventions (ici ISMENE) on revient par paliers successifs à une situation viable ou Normalisée. A chaque palier correspond un niveau de ViolAnce.
Ceci conduit à introduire le concept de Transformation.

4. Transformation des Situations

Les Cindyniques ont montré que les Accidents et les Catastrophes modifiaient les 5 Aspects. Ces modifications sont plus ou moins profondes. L'Intensité Cindynique est définie par l'atteinte successive des Aspects dans l'ordre donné ci-dessus en (2).
Il existe deux catégories de Transformations : intentionnelles et non intentionnelles . Les transformations non intentionnelles sont les Catastrophes et les Accidents. Les transformations Intentionnelles sont soit positives (les campagnes de prévention) soit négatives (les malveillances et notamment les agressions terroristes).

Les campagnes de prévention ont été interprétées dans le cadre d'un travail pour l'organisation mondiale de la santé, comme une Auto Organisation de la situation cindynique sur elle-même. Ceci correspond à un des Axiomes dont nous parlerons en (6)

Dans le travail de la situation cindynique sur elle-même il est très important d'impliquer l'ensemble des réseaux d'acteurs concernés par la situation. En effet toute exclusion d'un ou plusieurs réseaux d'acteurs les place dans une situation de déficits et de dissonances ce qui donc accroît le potentiel cindyniques de la situation : sa ViolAnce.
En cindynique industrielle et territoriale des progrès considérables ont été enregistrés dans le jeu des acteurs à partir du moment où l'on réunissait autour de la même table les différents acteurs concernés. on citera notamment l'expérience du CYPRES réunissant dans le sud de la France les riverains de l'étang de Berre.
La séparation d'un acteur est justiciable de l'objection de Michel Foucault contre les régimes carcéraux. Une ségrégation des délinquants apparaît comme un stage de perfectionnement en criminalité. Séparés de la situation cindynique de jeunes délinquants. risquent de voir s'accroître leurs déficits et leurs dissonances. Cette ségrégation constitue donc un accroissement de la fonction violAnce : pour y remédier, il convient de faire travailler la situation cindynique sur elle-même en impliquant le plus possible les acteurs qui entourent les délinquants.

Par une série de rencontres, de concertations, de négociations, on parvient à réduire le déficit, à réduire les dissonances et implanter dans chacun des réseaux sur chacune des cinq dimensions des minimum d'éléments partagés.
Le projet Ismène constitue une percée pratique déterminante dans l'organisation du travail collectif Réflexif de la situation Cindynique sur elle-même. Ce travail est conforme à l'axiomatique de la Rationalité Collective exposée en (6).

5. Fonction d'Autorité

Une fonction d'autorité a été définie dans le plan construit sur les valeurs et sur les normes. S'appuyant sur les valeurs la fonction d'autorité s'attache à obtenir le respect des normes. Le projet Ismène est la première tentative pour explorer le contenu de cette fonction d'autorité. Une autre fonction :le retour d'expérience ou REX agit dans le plan construit sur les deux autres aspects : les faits et les modèles. Cette fonction fait l'objet d'une recherche approfondie au centre de recherches de l'Ecole des Mines de Paris spécialisé en Cindyniques : Le Pôle Cindyniques de Sophia-Antipolis. La prévention est conceptualisée à partir des concepts à l'oeuvre dans ces deux fonctions : REX et Autorité.

6. Axiomes de la Rationalité Collective

La rationalité d'un ensemble d'acteurs est complètement distincte de la raison individuelle d'un acteur isolé. Les travaux de Herbert A. SIMON , prix Nobel, sur la science des systèmes, les réflexions de Edgar Morin et de Jean-Louis Lemoigne ont conduit les cindyniciens à proposer le mot RESON pour la RAISON en RESEAU. Sans une compréhension approfondie de la RESON, il est impossible de comprendre le travail collectif d'un ensemble d'acteurs. La compréhension d'une Situation Cindynique par l'ensemble des acteurs appartenant aux réseaux ER1, ER2, ERN est le résultat d'un exercice de la RESON. De façon plus rigoureuse, la Reson est décrite par une AXIOMATIQUE comportant 5 Axiomes. On trouvera l'enoncé de ces axiomes dans la référence 1. L'Axiome 3 de Récursivité indique que La représentation et le contrôle d'un réseau est d'essence réflexive : l'action du réseau sur lui-même est productrice du réseau, de son autorepresentation, de son auto organisation. L'axiome 5 de Complexité s'énonce : la complexité peut être modélisée comme enchevêtrement de Réseaux. Cet axiome introduit la possibilité de décrire les situations cindyniques, malgré leur complexité.
La reson et ses Axiomes permettent de commencer à donner un contenu à l'idée d'une “autre forme de pensée”. Cette forme nouvelle et systémique de la raison, c'est la reson. Sans la RESON, pas d'espoir de juguler les pulsions négatives de nos civilisations car sans reson, il est rigoureusement impossible de les penser.
Cette première axiomatique a permis aux cindyniciens de proposer une deuxième axiomatique spécifique du Danger.

7. Les Axiomes Cindyniques

Sept axiomes spécifiques du danger sont à la base de l'Epistémologie cindynique.
Ils sont énoncé dans la REFERENCE 1.
Ils posent des principes de relativité et de conventionnait de l'estimation du danger .Ils montrent l'importance des Objectifs , c'est à dire de l'aspect Finalités, la présence inéluctable d'Ambiguïtés sur les 5 aspects. Ils positionnent l'idée de Transformation et de CRISE. Mais le septième Axiome dit d'Ago-antagonicité éclaire la complexité des effets pervers des actions contre le danger. Toute action Anti danger est créatrice d'autres dangers. Ainsi, le traitement strictement Pénal de la délinquance va-t-il s'avérer pervers. Cette idée, de moins en moins contestée, est le fondement du projet Ismène.

 

Conclusions :

La présente interprétation cindynique de problématiques de Santé Publique n'est pas la première. En effet, historiquement on note la formation d'un confluent entre les cindyniques et le monde médical. Dès le début des Années 90, les cindyniques, encore très enracinées dans leur matrice industrielle, attirent l'attention de médecins. Nous citerons notamment le professeur Sournia, ancien directeur général de la santé publique, le docteur Claude ROMER qui s'est employé à conceptualiser et à légitimer les grands programmes de l'OMS :

  • Prévention des traumatismes (Injury Control)
  • Villes Sûres (Smart Communities)
Ces sujets ont fait l'objet d'une Journée Mondiale de la Santé le 7 avril 1993.
Récemment, encore Claude Romer a lancé une recherche sur la Cindynique des Risques liés aux interventions humanitaires.
Lors de réunions sur l'Approche Systémique du Prix Nobel Herbert Simon tenues, à l'initiative du professeur Jean-Louis Lemoigne (en coopération avec Edgar Morin) de l'Université d' AIX-en Provence, Catherine Guitton et le Docteur Monroy ont repéré les concepts cindyniques comme clés de la compréhension des cas classiques sur les Adolescents, le décervelage par les sectes et les succès de la Thérapie Systémique Familiale.
Ceci a conduit à la publication de l'ouvrage le Risque Psychologique Majeur (REF2) Le professeur TUBIANA a choisi les CINDYNIQUES comme trame Conceptuelle de son grand Colloque “Risque Et Société” - novembre 1998 Cité des Sciences de la Villette à Paris.
La maladie de la vache folle a conduit le professeur Charles Pilet à conduire dans le cadre du CNER (Comité français d'évaluation de la recherche) une étude conceptuelle Cindynique des ZOONOSES maladie dont le vecteur est animal( plus de 180 maladies) Enfin, L'IEC a organisé avec la Sorbonne le Colloque “La violence est-elle un accident ?” en novembre 1997 à Paris.

Bibliographie

  • RF1 G.Y. KERVERN “Eléments fondamentaux des Cindyniques”
  • RF2 A. FOURNIER / M. MONROY/ G.Y. KERVERN / C. GUITTON “le Risque Psychologique Majeur” - ESKA - Paris 1996. - Ed Economica - Paris 1995

Références Internet

  • Institut Européen des Cindyniques  
  • Georges.Yves. Kervern :   gyk@tactic.fr