Risques majeurs et fonctions d'autorité : les décideurs et les bonnes décisions pour gouverner la violence des mineurs

Catherine Guitton
Psychiatre, chef de service, hôpital Paul Guiraud Villejuif
Directrice du Centre Espace Famille 92 (Fédération de services)

Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Sécurite Intérieure
Attaché aux universités Paris I - Paris VIII ; et CNAM
127 avenue Jean Baptiste Clément 92100 Boulogne Billancourt
Téléphone : +33 (0)1 46 03 45 09
Télécopie : +33 (0)1 46 03 80 32

Congrès de l'Institut Européen des Cindyniques

Résumé :

L'auteur propose à la lumière des “sciences du risque” une analyse systémique de la spirale Risque - Danger - Catastrophe. Elle montre comment les situations à risques familiaux se chronicisent pour devenir des situations chaotiques qui engendrent la détresse sociale, entretiennent la délinquance des mineurs et s'appuient sur la faillite des fonctions d'autorité. Elle développe son analyse sur la reconstruction des fonctions d'autorité et expose les résultats d'une recherche action de prévention de la violence des mineurs sur la commune de Boulogne (92) menée en alliance avec les différents décideurs et représentants de l'autorité.

* * *

Introduction

Créé en 1986, le centre “Espace Famille 92”, qui dépend des services de Psychiatrie Publique (hôpital Paul Guiraud Villejuif), s'occupe de thérapie familiale et a beaucoup investi dans les domaines atypiques pour la psychiatrie traditionnelle.

Le travail en “situation extrême” avec les familles de détenus et les familles de poly-toxicomanes nous a interpellés sur ce qu'on pourrait appeler les “situations familiales post-catastrophiques” et le travail de terrain avec les intervenants sociaux nous a renvoyés aussi un questionnement sur les situations à risques, leur construction, leur chronicisation et leurs aspects universels. . .

Nous avons approfondi alors une recherche théorique sur les notions de Risque - Danger - Catastrophe et leur dynamique évolutive et interactive. C'est dans les années 1994 que j'ai rencontré des chercheurs des Sciences du risque de l'Institut Européen des Cindyniques, et en 1996 est sorti un ouvrage en collaboration “Le Risque Psychologique Majeur”.

Nous avons poursuivi notre questionnement à travers le travail clinique et en 1998, nous nous sommes intéressées, grâce aux livres de Jean Bédard, aux problématiques de la détresse sociale.. Ils correspondaient à la suite logique de notre recherche et ils en décrivaient le tragique.

1 - La construction des situations à risques ou l'approche systémique du danger

Définition d'une situation à risques

Une situation à risques est une situation qui se construit dans le temps, de façon insidieuse et subreptice. Tandis qu’elle semble échapper à tous les contrôles et à toutes les tentatives de redressement créatif, elle impose l’idée obsédante d’un destin fatal contre lequel personne ne peut rien si ce n’est attendre passivement et tristement “la catastrophe annoncée”.

Elle est constituée par :

  • un contexte avec un acteur et des observateurs ;
  • une menace inclue dans le contexte ;
  • une extension des risques qui s’agencent autour de l’acteur et détruisent son réseau humain habituel (donc isolement - retrait...) ;
  • une temporalité particulière et une durée visible ;
  • une altération progressive dans le contexte (le cadre de vie, les relations, le corps) qui rappelle le danger réel et génère des défenses en retour de la part de l’entourage qui aggravent le processus de chronicisation et de rigidification des symptômes ;
  • une habitude à la situation, un aveuglement , un déni peut être du danger réel par tous qui finit par dégrader les fonctionnements psychiques de chacun ;
  • enfin, une conclusion catastrophique, qui surgit à l’improviste, bien qu’ayant pu être prévue, et qui détruit de façon définitive, une partie du contexte : des liens, des personnes, des mémoires et des univers de vie ou de sens.
C’est la catastrophe au sens commun du terme, c’est à dire, c’est une destruction irréversible. Il y a un avant et un après, c’est encore une problématique avec le temps. . . Prenons ici un moment pour préciser ce que nous mettons sous tous ces mots déjà mille fois entendus et utilisés.

Risque - Menace - Danger

Le risque est une probabilité entre la survenue d’un événement et sa gravité. Mais il existe une différence entre les perceptions du risque pour l’acteur et les perceptions du risque pour les observateurs. L’acteur calcule ses risques et pense les maîtriser, il en est même certain. L’observateur, n’analyse pas les enjeux et les paramètres selon les mêmes échelles. Le risque s’intègre aussi dans un contexte, dans un système de références complexes dont certaines ne sont pas maîtrisables par la pensée. Nous sommes dans le domaine de l’imprévisible réduits à faire des paris...
Par ailleurs, le risque reste inscrit dans une certaine culture : culture de l’exploit pour les jeunes sportifs, culture de la vitesse, culture de la violence, la culture de l’abus sexuel... Au risque donc se juxtapose la notion de menace : elle plane, invisible et présente... La menace se subit et on en parle peu. . .
La notion de danger est liée plus directement au réel. Il est une donnée concrète qu’il faut affronter : on sait comment il se présente, on sait comment il va survenir. Il demande de faire face.
On voit donc comment ici plusieurs dynamiques se conjuguent chez le sujet pour essayer d’apprécier la notion du risque encouru : on est dans la problématique du passage de la perception (sensorielle, mémorielle, expérientielle, émotionnelle) à la représentation symbolique verbale et partageable = évaluer le risque, penser le danger, imaginer la prévention et l’action.
On voit bien comment plusieurs logiques sont impliquées : de façon même contradictoire on est en pleine “complexité” au sens de J.L. Le Moigne et au coeur des paradoxes. Dans le cadre de notre clinique, il est fréquent de voir s’installer petit à petit, des situations à risques pour toute une famille autour d’un “patient désigné” qui cristallise sur lui toutes les angoisses de chacun. Ceci dit, tous les membres de la famille commencent à être atteints chacun par les dysfonctionnements psychiques consécutifs à la chronicisation de la crise : ainsi se créent des situations de risque psychologique majeur sous nos yeux, avec sa cascade de symptômes individuels.
Car, il faut dire que la non-résolution de la crise familiale, entraîne des réactions systémiques et individuelles qui ont l’air de solutions mais ne sont que des complications. Chacun essaie de se protéger personnellement et commence des comportements de fuite, d’évitement, d’indifférence, de désengagement, de colère etc. Réduction de la pensée, discours linéaire de la souffrance, abandon aux experts, troubles de la communication, déni du danger, amnésies, rigidification des règles intra-familiales, repli et inertie... Les dégradations du contexte se font plus importantes et le silence, vide d’affects, s’étend dans la famille soumise et douloureuse. On peut dire dans ces cas -là, que la folie est contagieuse...
Nous préciserons ici ce que nous mettons sous le terme “catastrophe”.
Une catastrophe amène une destruction irréversible, sans aucune réparation possible ni restauration ad integrum, de certaines parties du système en jeu, c’est à dire des sujets dans leur réalité physique ou psychique, et de leur environnement. On ne pourra plus jamais retrouver l’équilibre antérieur et la perte est définitive. Le cadre même de la situation est attaqué, les constantes écologiques aussi, ainsi que les espaces, les territoires. La catastrophe remanie aussi pour chacun et pour tous, les notions de temps : il y a un avant et un après.
Tout a changé.
Par ailleurs, la catastrophe détruit le problème posé, les personnes qui portent le problème et le cadre dans lequel l’ensemble se développe. C’est donc comme dit Watzlawick une “ultra” solution. Le système qui produisait une certaine forme de vie (ou de survie) a littéralement explosé. C’est l’instant de l’explosion de la bombe atomique... (“l’instant” : cf. (2))
Nous allons maintenant préciser les concepts nouveaux issus des Cindyniques et nous renvoyons le lecteur à notre article “Crise et catastrophe, le Concept d'Hyper Espace du Danger selon G.Y Kervern” (4).

L’apport des Cindyniques : une définition interactive du risque

Pour présenter brièvement les Cindyniques ou “sciences du risque”, ( on pourrait dire qu’un groupe européen de chercheurs est né dans les années 90, en provenance du monde de la technologie, de l’assurance et de l’entreprise, sollicités par une série de catastrophes majeures (Seveso, Tchernobyl, Amoco Cadix, Three Mile Island etc.). Ils se sont rencontrés autour de Georges Yves Kervern pour conceptualiser les éléments enchevêtrés dans la construction de ces événements et réfléchir sur les processus de prévention. Il en est ressorti une élaboration théorique poussée, dont le concept de l’Hyper Espace du Danger de G.Y Kervern présenté ci-dessous, et une grande ligne directrice de travail à savoir : les erreurs dites “humaines” correspondent à des troubles de communication entre acteurs et nécessitent de se pencher plus avant sur les “sciences molles” (sociologie, psychologie, communication) et leurs applications.
Ma rencontre avec G.Y Kervern et de ces chercheurs s’est développée sur cet axe. Mes recherches, n’ont fait que s’amplifier à la lumière de la pratique systémique car la thérapie familiale travaille au niveau micro (famille) et les cindyniques au niveau macro (entreprises - pays...). L’outil logique de “raisonnement par analogie” permet de saisir les processus à l’oeuvre dans les différents situations malgré les différents échelles.
Pour les chercheurs de l’Institut Européen des cindyniques une situation à risques s’analyse selon 5 niveaux logiques différents interactifs entre eux. La multiplication d’incidents, d’accidents, d’erreurs etc. sur chacun de ces axes et de façon simultanée amène une irruption de la catastrophe. Ils sont représentés sur un même schéma et constituent ce que G.Y Kervern appelle “l’Hyper Espace du Danger“ :

Il distingue :

  • l’axe déontologique :c’est à dire l’axe de ce qui concerne les règles du métier, mises en forme par les professionnels eux-mêmes ;
  • l’axe des valeurs culturelles de l’entreprise ;
  • l’axe des modèles de fonctionnement, des savoir-faire et des méthodes ;
  • l’axe des retours d’expériences, des mémoires, des archives.

Ces quatre axes doivent s’unir pour créer le cinquième, synergie de l’ensemble qui est celui des finalités du système : production, résultats, objectifs, priorités... La réalisation et le succès de cet axe justifie et légitime le bon fonctionnement des quatre autres.
A partir de cette classification, G.Y. Kervern invente toute une nouvelle séméiologie des catastrophes dans leur ordre de survenue et démontre comment les dissonances se multiplient sur l’ensemble de ces axes, organisant, par une causalité plurielle, les conditions de l’émergence des catastrophes : manque de valeurs, confusion des finalités, absence de déontologie, vides et dissonances entre les différents axes peuvent se relier dans une même situation et, par multiplication des symptômes créer de véritables syndromes de danger et de risques, hautement prédictibles et cependant encore maîtrisables...
Nous voyons là combien l’analogie avec une famille est porteuse de sens. En effet un système familial peut s’analyser en référence avec ces 5 axes. Chaque famille possède des codes de déontologies, des savoir-faire singuliers ; des valeurs culturelles, des modèles transmis ou acquis, des mémoires, archives, héritages, délégations du passé... Nous renvoyons donc le lecteur aux travaux des auteurs de l’Institut Européen des Cindyniques. Rapidement nous résumerons en quelques mots les principales idées. La conclusion pour les cindyniciens est que finalement les principales causes des catastrophes sont plus liées aux troubles de la communication entre les acteurs de la situation qu’au fonctionnement lui-même des machines. Ils s’interrogent beaucoup sur la question de l’aveuglement devant le danger : comment se fait-il que même si les signaux d’alarme s’allument qu’ il n’y ait personne pour en tenir compte et les utiliser ? Manque t-il des acteurs à qui les transmettre ?
Qu’on le nomme refoulement, amnésie, déni ou autre encore, le résultat pragmatique de cet aveuglement est le même : au trouble de la perception, s’adjoignent le trouble de la communication, la perte des repères, l’impuissance, la dilution des responsabilités et l’inertie fatale.
La parade est alors la reconstruction de nouveaux réseaux d’acteurs pour penser ensemble et prévoir les issues avec leurs conséquences.

2 - La chronicisation des situations à risques

L’enchaînement logique est la chronicisation de la situation à risque et la dégradation de l’environnement : peu à peu les réseaux de soutien s’épuisent et les ressources naturelles s’altèrent. Pour une famille, une situation à risque qui dure crée des nouveaux patients et de nouvelles implications : apparition d’échecs professionnels, refus scolaires, alcoolisme, toxicomanie, chômage, etc.

Les évolutions d'une situation à risques

  • le risque entraîne le danger ;
  • le danger, en cas favorable, provoque des actions de perception puis de représentation ; puis de circulation d’informations et la création de réseaux de décision. Donc la maîtrise du risque et des actions adaptées ;
  • le danger, qui passe inaperçu et dure, provoque une aggravation des incidents jusqu’à organiser une véritable situation chaotique et la ruine des fonctions d’autorité de référence ;
  • l’irruption de la catastrophe redéfinit l’urgence comme seule fonction d’autorité efficiente et détruit une partie de l’écosystème.

La reconstruction de nouveaux espaces de pensée

Il est clair pour les cindyniciens que la parade pour maîtriser l’emballement de ces processus est la reconstruction de nouveaux réseaux d’acteurs où la pensée du risque et du danger sera possible. Ils ont mis en évidence la fragilité fonctionnelle des réseaux humains qui peuvent parfois se trouver " contaminés " par les preneurs de risques et leurs propres réseaux dysfonctionnels.
La question est de savoir " qui " peut mobiliser et recréer des " nouveaux réseaux d’acteurs ", plus transversaux et plus interdisciplinaires que les systèmes d’origine ayant permis par leur dysfonctionnement l’irruption des catastrophes.
Nous arrivons là alors à la question des " fonction d’autorité " et de leur redéfinition dans une situation chaotique.
En effet, qu’est-ce que l’autorité ? Qu’est-ce-qu’une fonction d’autorité ? Qu’est ce qui " fait autorité " dans une situation donnée ?

Les fonctions d’autorité

Je vais résumer ici brièvement mon article paru dans Défense (7) sous le titre “l’Autorité est elle encore un argument ?”. L’autorité c’est du symbolique, c’est du lien et comme dit le dicton “l’autorité ne vaut rien devant les faits : c’est le dernier des arguments”. L’autorité se distingue dans ses applications selon des “fonctions” qui ne sont pas toutes situées au même niveau logique mais se coordonnent en une architecture symbolique. Elles peuvent être incarnées par des personnes. Elles ne sont pas cumulables et remplaçables. La destruction d’un niveau condamne l’édifice et réduit à néant la construction mentale ainsi que les choix comportementaux qui en découlent.
Un exemple illustrera cette image. Il est du à A. Bompard dans son séminaire " l’Evénement psychique collectif " - Paris (1986-87).
Pour qu’un enfant apprenne à l’école et accepte de faire ses devoirs tout seul, il faut qu’existent autour de lui 3 fonctions d’autorité distinctes :

  • le niveau déontique (garant pour tous) de l’Etat et du Ministère (qui fait les programmes nationaux, qui organise les examens) ;
  • le niveau professoral : des médiateurs qui transmettent le contenu ;
  • le niveau parental : un adulte impliqué qui signe le livret le soir, à la maison.
Si ces 3 niveaux sont en place l’enfant se fera une image mentale cohérente et se motivera pour réussir son travail scolaire. S’il en manque un, il aura plus de difficultés... Ainsi les situations chaotiques, par définition, sont les conséquences de la faillite des fonctions d’autorité : il est nécessaire de les restaurer et de les redéfinir en ré-incluant les paramètres externes annulés par les dysfonctionnements systémiques précédents. Faire appel à des tiers, Risk Managers, Conseillers en Sécurité, Thérapeutes Familiaux devient une évidence.
Pour restructurer un fonctionnement familial, il est nécessaire de remettre en place l’architecture des différentes fonctions d’autorité qui président à son fonctionnement : autorité parentale, réaffiliations au système et à l’autorité scolaires, réaffiliations aux circuits de santé, aux institutions sociales, etc.
Sinon l’urgence catastrophique sera le seul moteur de l’évolution de la situation et la seule fonction d’autorité efficace - à la place des professionnels sociaux et des acteurs de prévention mandatés pour maîtriser les processus destructifs.
Nous avons aussi mis en place sur le terrain plusieurs expériences pilotes dont nous reparlerons plus tard (travail au commissariat de police par exemple).

3 - Application : dans le cadre du contrat local de sécurité, le projet Ismène

Ce projet correspond à la démonstration directe qu'aucune décision importante dans le cadre de problématiques complexes - telle la gestion pour des décideurs de l'action publique de la violence des mineurs - ne peut être prise et élaborée de façon univoque et totalitaire.
Pour réussir un projet fonctionnel sur le court terme et le long terme tout en tenant compte du temps réel et de sa complexité, il est indispensable d'organiser d'abord des structures en réseau pour partager les informations, les mémoires, les compétences et redistribuer les responsabilités.
A partir de ces rencontres pourront se choisir et se réaliser des solutions fonctionnelles, éthiques et encourageantes.
L'exemple ici représenté et dont vous pouvez apprécier, après deux ans et demi de fonctionnement à Boulogne (92) les résultats, illustre parfaitement à lui tout seul, le propos de cet atelier. Sont impliqués les élus de la Municipalité de Boulogne, le commissariat de police de Boulogne, le tribunal pour enfants de Nanterre, et son procureur, l'hôpital Paul Guiraud -Villejuif, la préfecture de police, les services départementaux PJJ du 92, l'Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure et l'association espace Famille 92.

Le respect et la reconnaissance mutuelle des diverses fonctions d'autorité de chacun a permis l'alliance d'un réseau de décideurs de l'action publique dans le sens de créer une aide et un soutien aux parents des mineurs délinquants. Les représentants de l'autorité de l'Etat ont besoin des représentants de l'autorité parentale pour soutenir leur discours auprès des mineurs. La fonction paternelle est bien, sur le plan pratique, celle de punir mais aussi de prévenir (et d'expliquer, voir élaborer). Le monde symbolique ne peut se mettre en place dans la tête de l'enfant que s'il est rendu visible par des personnes réelles qui incarnent et témoignent des différents niveaux - abstraits - d'autorité.
C'est pourquoi, ce projet, intitulé Ismène du nom de la soeur d'Antigone reflète l'idée qu'il est possible de créer des alliances constructives des diverses fonctions d'autorité pour gérer des problématiques complexes.

Ce projet démarré dans le cadre du CLS en 2000, concerne la mise à disposition de deux psychologues à mi temps, dans les locaux du commissariat de police. Elles peuvent ainsi recevoir en temps réel les familles, avec leurs mineurs, qui demanderaient une aide psychologique à la suite d'une garde à vue pour les mineurs auteurs, ou bien à la suite d'auditions initialisées par la Brigade des Mineurs (absentéisme scolaire, fugues) ou bien à la suite de demandes spontanées et dispositions de plaintes (mineurs victimes ou mineurs en danger dans le cadre de crises / séparation parentales).

Les interventions des deux psychologues se font de façon directe (en voyant les familles ou en leur offrant des entretiens par téléphone aux horaires qui leur sont favorables) ou indirecte (en supervisant des situations présentées par la Brigade des Mineurs).

Le travail se fait dans un lien très étroit avec la Brigade des Mineurs qui pose les indications de rencontres. Les familles sont tout à fait libres de leur choix. Aucun retour n'est fait aux policiers une fois la prise en charge commencée (si ce n'est l'annonce de l'accord de la famille).

Les chiffres :

  2001 2002
Interventions 176 273
Directes 78 193
Indirectes 98 80
Nombre de familles suivies 96 62
A propos de Majeurs 12 10
A propos de Mineurs
 
 
84 dont :
31 filles
53 garçons
52 dont :
29 filles
23 garçons
Diagnostic :
  • Auteurs
  • Victimes
  • Fugues
  • Absentéisme scolaire
  • Séparation
  • Autres
 
  • 40 %
  • 45 %
  • 7,10 %
  • 3,50 %
  • 2,40 %
  • 2,40 %
 
  • 22 %
  • 38 %
  • 10 %
  • 2 %
  • 13 %
  • 17 %

Dans la rubrique “autres” on sous entend les enfants mis en danger par la violence parentale au cours de séparations, divorces, avec accusations d'abus sexuels d'un parent sur un enfant, week-end qui se terminent mal et plaintes portées au commissariat par l'un des parents contre l'autre. . .

Les commentaires

  1. Les familles sont suivies plus longuement (de 1 à 12 mois) et plus régulièrement.
    L'usage des téléphones mobiles permet de garder un lien à distance et une mémoire commune des événements successifs.

  2. Les mineurs demandent souvent eux-mêmes les prises en charges pour leur compte individuellement en dehors de leurs parents et ils s'intéressent également aux autres problèmes de santé propre à leur age (SIDA, contraception etc...)

  3. Il y a plus de filles victimes que de garçons, mais en 2002, il y a autant de filles que de garçons “auteurs”.

  4. Les mineurs auteurs que nous voyons primo-délinquants s'avèrent en fait être des mineurs victimes, chroniques d'une situation aiguë, qui se mettent à présenter des symptômes de violence de façon impulsive. Les parents sont participants dans la prise en charge. Les mineurs auteurs que nous ne voyons pas, présentent le plus souvent des familles dispersées ou très chaotiques.

  5. Il n'y a aucune récidive en délinquance pour les mineurs que nous suivons et qui représentent, 30 % de la file active des gardes à vues des mineurs de Boulogne.

  6. Un effort majeur de coopération avec nous pour la réussite du projet a été fourni par la Brigade des Mineurs et la hiérarchie du Commissariat Central de Police de Boulogne.
Conclusion

Les prises en charge familiales apparaissent comme des issues adaptées pour prévenir l'aggravation des situations à risques. Elles ne suffisent pas parfois et il est nécessaire de développer une approche globale sur l'ensemble d'une situation à risques chronicisée. Dans le cas de familles en détresse sociale, il faut encore voir plus loin et plus communautaire... Je renvoie sur ce sujet les lecteurs à mes autres articles et à Jean Bédard.

* * *

Bibliographie

  1. A. Fournier - M. Monroy - G.Y. Kervern - C. Guitton : “Le Risque Psychologique Majeur” - ESKA Paris 1996
  2. C. Guitton “Instant et Processus” ESF, Paris 1988
  3. C. Guitton : “Les maternités socialement assistées” - Thérapie Familiale volume 17 - Genève.
  4. C. Guitton : “Crises et Catastrophes : le concept d'Hyper Espace du Danger selon G.Y Kervern” in revue Thérapie Familiale - 1996 - Volume 2 - Edition Médecine et Hygiène, Genève.
  5. C. Guitton, C. Pasdeloup , I; Mazillier (1997): “Familles, Thérapeutes et Méthadone: vers une interaction systémique,” in Les Traitements de substitution pour les usagers de drogue - par D.Touzeau et E.Iacquot - Editions Arnette, Paris.
  6. C. Guitton “Risque, Danger, Catastrophe : la dynamique de la catastrophe” in Forensic n°18 1er trimestre 98 - Editions NHA Communication
  7. C. Guitton : “l’Autorité est elle encore un argument ?” revue Défense n°79, mars 1998.
  8. C. Guitton : “Dépression et Situation à Risques” revue Génération n°19 - mars 2000.
  9. C. Guitton : “Existe t-il une Science du Risque en Travail Social ?” THS la revue des addictions, volume 2 n°7, septembre 2000.
  10. C. Guitton : “Violence dans la tête, violence en famille, violence à l’école” in Une école sans violence de G. Fotinos et J. Fortin - Edition Hachette, Paris 2000.
  11. G.Y Kervern, P. Rubise “L'archipel du danger” Edition Economica, Paris 1991
  12. G.Y Kervern “La Culture Réseau” ESKA - Paris 1993
  13. P. Lagadec “La Civilisation du Risque” Edition Le Seuil, Paris 1981
  14. P. Lagadec “La gestion des crises : outils de réflexion à l'usage des décideurs” Edition Edisciences international, Paris 1994
  15. M. Lavaur : “Expérience systémique, en milieu carcéral”, revue Génération n°11-12, décembre 1997.
  16. Poïvet - D.V “Le Danger”, cours du D.U. de Psychosomatique Paris 1996 Université VII
  17. S.Tisseron “La Honte” Dunod 1992